Quand la perception ne se contente plus de décrire des éléments isolés, mais maintient aussi les relations qui les relient
Michel Tran — Vimberia Research
Septembre 2026 — Article de positionnement académique
Dans une scène, les éléments comptent. Mais les relations entre eux peuvent parfois être encore plus informatives que leur apparence instantanée.
Résumé
Une image contient des structures locales, des régions, des formes et des objets potentiels. Mais elle contient aussi autre chose : des relations.
Deux éléments peuvent être proches, alignés, inclus l’un dans l’autre, se déplacer ensemble, rester associés dans le temps ou participer à une même structure hiérarchique.
Dans Vimberia, l’état perceptif peut être représenté sous forme d’un graphe dynamique :
où :
- représente l’ensemble des Vimbers maintenus à l’instant ;
- représente l’ensemble des relations entre ces Vimbers.
Cette représentation introduit un changement important : la relation ne constitue plus seulement un effet secondaire du raisonnement.
Elle peut devenir elle-même une information explicite, persistante et évolutive.
La perception ne consiste alors plus seulement à savoir :
« Quels éléments sont présents ? »
mais également :
« Comment ces éléments sont-ils organisés les uns par rapport aux autres, et quelles relations persistent dans le temps ? »
1. Une image contient plus que des apparences
Considérons une scène très simple.
Une tasse est posée sur une table.
Nous pouvons décrire séparément :
et :
Mais cette description reste incomplète.
Une information essentielle est :
La tasse est sur la table.
Cette relation peut être plus utile que certaines caractéristiques visuelles instantanées.
La couleur de la tasse peut être affectée par l’éclairage.
Son apparence peut changer avec le point de vue.
Mais la relation :
peut rester stable.
Cela suggère une idée fondamentale :
2. Représenter la scène comme un graphe
Une représentation naturelle de cette structure est le graphe.
À l’instant , on définit :
avec :
et :
Chaque nœud correspond à un Vimber.
Chaque arête représente une relation entre deux Vimbers.
Par exemple :
Le monde interne n’est alors plus seulement un ensemble d’éléments indépendants.
Il devient une structure relationnelle.
3. Pourquoi un ensemble de nœuds ne suffit pas
Supposons que nous connaissions uniquement :
Sans relations, nous savons que quatre unités existent.
Mais nous ignorons comment elles s’organisent.
Maintenant ajoutons :
La structure commence à apparaître.
Deux scènes pourraient contenir exactement les mêmes Vimbers mais avoir des significations totalement différentes selon l’organisation de leurs relations.
Ainsi :
ne suffit pas nécessairement à définir la scène.
Il faut aussi considérer :
C’est pourquoi la relation devient une information de premier ordre.
4. La relation ne doit pas nécessairement être réduite à une distance
Il serait toutefois trop restrictif d’associer une relation uniquement à une propriété géométrique simple.
Une relation peut être :
- spatiale ;
- topologique ;
- dynamique ;
- structurelle ;
- hiérarchique ;
- fonctionnelle ;
- temporelle.
On peut donc définir de manière générale :
mais la nature de dépend du système.
Le point essentiel est ailleurs :
une relation peut avoir une existence propre dans la représentation.
Elle peut être créée.
Elle peut être renforcée.
Elle peut évoluer.
Elle peut disparaître.
5. Une relation peut posséder son propre état
On peut donc aller plus loin et ne plus considérer une arête comme une simple valeur fixe.
Une relation peut avoir un état :
Par exemple :
Conceptuellement, cela permet de représenter :
- la nature de la relation ;
- son état actuel ;
- sa fiabilité ;
- son évolution historique.
Ainsi :
La relation elle-même devient dynamique.
6. Pourquoi cette idée est importante
Considérons deux éléments dont l’apparence change fortement.
Si leur relation reste stable :
cette stabilité peut devenir un indice supplémentaire de continuité.
Inversement, si leur apparence varie peu mais que leur relation change brutalement, cette évolution peut signaler un événement important.
Ainsi, l’information n’est plus uniquement contenue dans :
mais aussi dans :
et dans :
au sens conceptuel.
La dynamique des relations devient elle-même une source d’information.
7. La stabilité relationnelle peut être informative
Prenons trois unités :
Supposons que leurs apparences évoluent, mais que :
et :
restent stables.
Le système dispose alors d’une structure persistante :
Cette stabilité peut aider à maintenir la cohérence globale du graphe.
La perception ne repose alors plus uniquement sur :
« À quoi ressemble chaque élément ? »
mais également sur :
« Quel rôle relationnel cet élément conserve-t-il dans la structure ? »
8. Une unité peut être définie en partie par ses relations
Dans une représentation relationnelle, l’identité d’un Vimber peut être soutenue par plusieurs types d’information.
On peut imaginer conceptuellement :
où :
- désigne son état ;
- son historique ;
- l’ensemble de ses relations.
Cela signifie qu’un élément peut rester identifiable non seulement grâce à ses propriétés propres, mais aussi grâce à sa place dans le graphe.
Cette idée est très importante lorsque l’apparence seule devient ambiguë.
9. Du graphe statique au graphe dynamique
Une image isolée pourrait produire un graphe :
Mais une intelligence située dans le monde réel reçoit une succession d’observations.
Il faut donc considérer :
puis :
puis :
L’architecture devient :
Le graphe n’est plus seulement une description.
Il devient un état perceptif vivant.
10. La nouvelle observation met à jour le graphe
Soit :
une nouvelle observation.
L’état précédent est :
La représentation est alors mise à jour :
Cette mise à jour peut concerner :
- un Vimber existant ;
- plusieurs Vimbers ;
- une relation ;
- une nouvelle unité ;
- une disparition probable ;
- une modification hiérarchique.
Le graphe devient donc une mémoire perceptive évolutive.
11. Trois types d’évolution
On peut distinguer conceptuellement trois catégories principales de changement.
Évolution des nœuds
L’état d’un Vimber change.
Évolution des relations
La relation entre deux Vimbers change.
Évolution de la structure du graphe
Des nœuds ou des arêtes apparaissent ou disparaissent.
Ces trois phénomènes ne sont pas équivalents.
Ils peuvent donc être analysés séparément.
12. Une relation peut changer sans que les unités disparaissent
Prenons :
et :
Les deux Vimbers persistent.
Mais leur relation passe de :
à :
Les éléments sont toujours présents, mais la scène a changé.
C’est un point fondamental.
Une représentation centrée uniquement sur les entités pourrait considérer que rien d’essentiel ne s’est produit.
Une représentation relationnelle détecte au contraire :
et donc un nouvel état du monde.
13. L’événement peut être une transformation de relation
Cette idée conduit à une définition intéressante de l’événement.
Un événement n’est pas forcément :
apparition d’un nouvel élément.
Il peut aussi correspondre à :
c’est-à-dire une modification significative d’une relation.
Par exemple :
Cette modification peut constituer une information en elle-même.
L’intelligence peut alors détecter non seulement :
« quelque chose est apparu »
mais aussi :
« la manière dont deux choses interagissent vient de changer ».
14. Les relations peuvent former une signature structurelle
Considérons un Vimber .
Il possède un voisinage relationnel :
Ce voisinage peut constituer une sorte de signature structurelle.
Même si certaines caractéristiques internes de changent, sa position relative au sein du graphe peut rester cohérente.
La représentation d’un élément devient alors :
et non plus simplement :
Cette richesse peut rendre la représentation plus robuste.
15. La relation peut exister avant la sémantique
Une autre propriété importante de Vimberia est la possibilité de maintenir des relations sans nécessairement disposer immédiatement d’une interprétation sémantique.
Le système peut connaître :
sans savoir encore que :
et :
Il peut simplement constater qu’une relation entre ces structures est stable ou significative.
On obtient ainsi :
plutôt que l’obligation de commencer par :
Cette distinction ouvre la possibilité d’une représentation pré-sémantique du monde.
16. La hiérarchie : plusieurs Vimbers peuvent former une unité supérieure
Le graphe peut également être hiérarchique.
Supposons :
fortement liés.
Ils peuvent former une unité de niveau supérieur :
où représente une opération conceptuelle de composition.
On obtient alors :
Puis plusieurs Vimbers de niveau peuvent former :
et ainsi de suite.
17. Du graphe plat au graphe hiérarchique
Une représentation plate serait :
Une représentation hiérarchique peut être décrite par :
avec :
Cela permet potentiellement de représenter :
puis :
puis :
sans imposer immédiatement une catégorie sémantique.
18. La relation participe à la composition
Cette hiérarchie ne dépend pas nécessairement uniquement des propriétés individuelles des Vimbers.
Elle peut aussi dépendre de leurs relations.
Par exemple :
Ainsi, une structure supérieure n’est pas simplement :
Elle peut être définie par :
C’est exactement le type de distinction qu’un graphe permet d’exprimer naturellement.
19. La structure peut être plus informative que ses composants
Prenons trois points :
Pris indépendamment, ils ne décrivent presque rien.
Mais si leurs relations forment :
avec une organisation stable, nous obtenons une structure.
Cela montre qu’une partie de l’information ne réside dans aucun nœud pris isolément.
Elle réside dans :
Cette information relationnelle est donc irréductible à la simple liste des composants.
20. Composition et décomposition
Une représentation hiérarchique doit pouvoir évoluer.
Une structure :
peut être composée de :
Puis sa structure interne peut changer.
Le système peut devoir :
- modifier la composition ;
- ajouter un Vimber ;
- retirer un Vimber ;
- créer une nouvelle relation ;
- supprimer une relation ;
- scinder une structure ;
- fusionner plusieurs ensembles.
La hiérarchie elle-même devient dynamique.
21. Le graphe devient une mémoire du changement
Le passage :
contient alors une information fondamentale :
Cette différence conceptuelle peut concerner :
mais également :
Ainsi :
Le système peut donc savoir non seulement ce qui existe, mais aussi ce qui vient de changer dans l’organisation du monde.
22. Les relations deviennent des objets de mémoire
Dans une représentation classique, une relation peut être recalculée à la demande.
Dans une représentation persistante, certaines relations peuvent être maintenues.
On obtient :
avec son propre historique :
Une intelligence peut alors apprendre qu’une relation est :
- très stable ;
- intermittente ;
- récemment apparue ;
- en transformation rapide.
La relation devient donc elle-même une entité temporelle informationnelle.
23. Relation et prédiction
Une structure relationnelle persistante peut également servir à la prédiction.
Supposons que l’on connaisse :
Un modèle dynamique pourrait chercher :
Mais il pourrait aussi prédire spécifiquement :
Autrement dit :
quelle relation est susceptible d’exister entre ces deux unités dans un futur proche ?
La prédiction peut donc porter sur :
- les nœuds ;
- leurs états ;
- leurs relations ;
- leur organisation hiérarchique.
24. Pourquoi cette représentation peut intéresser un World Model
Un World Model cherche notamment à prédire l’évolution d’un état.
Si l’état est structuré sous forme de :
alors la dynamique peut être décrite comme :
au lieu de prédire nécessairement une représentation globale indifférenciée.
Le modèle peut alors apprendre des dynamiques locales :
et relationnelles :
Cette séparation pourrait offrir une structure intéressante pour la prédiction et la planification.
25. L’intérêt pour le raisonnement
Une représentation explicite offre aussi une interface naturelle au raisonnement.
Supposons que le système maintienne :
et :
Un module de raisonnement peut interroger directement cette structure.
Il n’a pas nécessairement besoin de repartir de l’image brute pour établir l’existence de ces relations.
Il peut travailler sur :
comme sur une mémoire structurée.
Cela pourrait permettre une séparation plus claire entre :
et :
tout en conservant un état partagé.
26. Un graphe partagé entre plusieurs modules
Cette idée peut conduire à une architecture :
servant de représentation commune.
La perception met à jour :
La navigation lit :
Un World Model prédit :
Un système de raisonnement interprète :
Un système de planification cherche comment agir sur :
On obtient donc :
Le graphe devient une sorte de mémoire perceptive commune.
27. Pourquoi explicite ne signifie pas rigide
Rendre une structure explicite ne signifie pas qu’elle soit certaine ou immuable.
Un Vimber peut avoir une confiance.
Une relation également.
On peut représenter :
et :
Ces valeurs peuvent évoluer avec les observations.
Une relation peut être :
- probable ;
- incertaine ;
- provisoire ;
- confirmée ;
- invalidée.
Le graphe doit donc être compris comme :
une hypothèse dynamique sur le monde perçu
et non comme une vérité figée.
28. Une relation absente est aussi une information
Il existe une autre subtilité.
Dans certains contextes, l’absence d’une relation attendue peut être informative.
Supposons qu’une structure historiquement stable vérifie :
pendant longtemps.
Puis soudain :
Cette disparition peut constituer un événement significatif.
Le système peut donc raisonner non seulement sur :
mais également sur :
et sur l’existence ou la non-existence attendue d’une relation.
29. Le graphe introduit une forme de compression structurelle
Une scène contient potentiellement des millions de pixels.
Mais une partie importante de son organisation peut parfois être décrite avec beaucoup moins d’unités :
et leurs relations :
Le graphe constitue alors une forme de représentation structurée.
Il ne conserve pas nécessairement chaque détail brut de l’image.
Il conserve ce qui est considéré comme pertinent pour maintenir une représentation exploitable du monde.
Cela conduit à une question importante :
30. Le coût des relations
Cette approche a évidemment un coût.
Avec :
Vimbers, toutes les relations possibles entre paires peuvent atteindre un ordre de grandeur :
Un graphe totalement connecté deviendrait rapidement coûteux.
Vimberia ne peut donc pas simplement supposer que toutes les relations doivent être maintenues.
L’un des problèmes centraux devient :
quelles relations sont suffisamment pertinentes pour mériter une représentation explicite ?
Cela introduit les notions de :
- localité ;
- sparsité ;
- pertinence ;
- stabilité ;
- hiérarchie.
Un graphe utile doit probablement être sélectif.
31. La sparsité devient une propriété architecturale importante
On peut définir :
si seules les relations pertinentes sont conservées.
Le système cherche alors non pas à construire un graphe complet, mais un graphe informatif.
La difficulté scientifique consiste précisément à déterminer :
et combien de temps elles doivent être maintenues.
Cette question est aussi importante que celle de la création des nœuds.
32. La hiérarchie peut réduire la complexité relationnelle
La composition hiérarchique offre également une manière potentielle de réduire le nombre de relations nécessaires.
Au lieu de maintenir toutes les relations entre toutes les unités élémentaires, on peut représenter certaines interactions au niveau d’un groupe :
puis :
plutôt que nécessairement toutes les relations individuelles entre les composants de et ceux de .
On passe donc de :
à :
selon le niveau de détail nécessaire.
33. Plusieurs échelles de représentation
Le graphe peut ainsi exister à plusieurs niveaux :
pour les structures fines,
pour les compositions intermédiaires,
pour des structures plus globales.
Le raisonnement peut alors choisir l’échelle pertinente.
Une tâche locale peut utiliser :
tandis qu’une planification globale pourrait préférer :
Cette capacité multi-échelle est particulièrement intéressante pour une intelligence physique.
34. L’apparence devient une propriété parmi d’autres
Dans une représentation centrée sur l’image, l’apparence joue naturellement un rôle dominant.
Dans un graphe dynamique, elle devient une composante parmi plusieurs :
L’état peut contenir des informations perceptives.
Mais l’identité peut également dépendre :
- de l’histoire ;
- du contexte ;
- de la relation aux autres unités ;
- de sa position dans une hiérarchie.
Ainsi :
35. Du « quoi ? » au « comment est-ce organisé ? »
Une perception centrée sur les entités pose :
Qu’est-ce qui est présent ?
Une perception relationnelle ajoute :
Comment ce qui est présent est-il organisé ?
Puis une perception dynamique ajoute encore :
Comment cette organisation évolue-t-elle ?
On obtient trois niveaux :
Cette dernière couche est particulièrement importante pour comprendre les événements.
36. Une définition compacte de l’état perceptif Vimberia
On peut finalement proposer une formulation abstraite :
où :
- contient les unités persistantes ;
- contient les relations pertinentes ;
- représente la structure hiérarchique.
Puis :
La fonction ne produit donc pas seulement de nouveaux nœuds.
Elle peut modifier :
et :
Le monde interne devient un graphe hiérarchique dynamique.
37. Ce que cette proposition ne prétend pas inventer
Les graphes, les graphes de scène, les représentations relationnelles, les hiérarchies et les modèles dynamiques possèdent déjà une longue histoire en intelligence artificielle, en robotique et en vision.
Vimberia ne prétend pas que l’idée générale :
serait nouvelle.
Le positionnement est plus précis.
L’hypothèse proposée consiste à faire des Vimbers persistants les nœuds d’un état perceptif continuellement maintenu, et à considérer certaines de leurs relations comme des informations explicites ayant elles-mêmes une évolution temporelle et pouvant participer à la composition hiérarchique.
La valeur scientifique de cette proposition doit donc être jugée non sur l’existence des graphes en général, mais sur la nature des unités, leur maintenance et la manière dont les relations participent à la représentation persistante.
Conclusion — La relation est elle-même une information
Une image nous montre des éléments.
Mais comprendre une scène ne consiste pas seulement à dresser une liste de ce qui est présent.
Il faut aussi comprendre :
- ce qui est relié ;
- comment ;
- depuis combien de temps ;
- avec quelle stabilité ;
- à quel niveau de la hiérarchie ;
- et comment cette organisation évolue.
Dans Vimberia, cette idée peut être représentée par :
Les Vimbers sont les nœuds.
Les relations sont les arêtes.
Mais ces arêtes ne sont pas de simples traits entre des éléments.
Elles peuvent constituer des informations persistantes.
Une relation peut apparaître.
Elle peut se renforcer.
Elle peut changer.
Elle peut disparaître.
Elle peut aider à maintenir une identité.
Elle peut participer à une structure supérieure.
Elle peut même constituer l’événement important d’une scène alors qu’aucun nouvel élément n’est apparu.
Ainsi, la représentation passe progressivement de :
à :
puis :
C’est ce passage de l’apparence isolée à l’organisation persistante qui donne au graphe dynamique son rôle central dans Vimberia.
Un Vimber porte une information.
Une relation entre Vimbers porte aussi une information.
Et l’évolution de cette relation peut devenir, à son tour, une information sur le monde.
Michel Tran
Vimberia Research
France — septembre 2026
Article de positionnement sur la représentation relationnelle et hiérarchique dans Vimberia. Les mécanismes algorithmiques propriétaires permettant la création, la sélection, la consolidation, la pondération et l’évolution des Vimbers et de leurs relations ne sont volontairement pas décrits.